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    Le sursaut d'AG2R

    Posté le Lundi 22 juin 2009 @ 00:10:12

    A deux semaines du Tour de France, l'équipe AG2R a multiplié les victoires d'étapes et les maillots distinctifs, au Tour de Suisse et à la Route du Sud. Simple réussite ou effet de groupe ? www.cyclismag.com a interrogé les coureurs et leur manager, Vincent Lavenu, pour tenter de comprendre cette nouvelle dynamique des résultats.





    Par Pierre Carrey

    Vent de révolte chez AG2R. Gratifiée d'une seule victoire depuis janvier, l'équipe française s'est offert deux victoires d'étape sur la Route du Sud, jeudi et samedi. Surtout, elle a failli faire basculer l'épreuve au prix d'un grand coup de bluff, dimanche, sur un parcours pourtant sans relief. Pendant 70 kilomètres, Julien Loubet a été leader virtuel de l'épreuve. La botte de Jarnac n'était pas prévue au départ. "On voulait tenter un truc", raconte Blel Kadri. "L'échappée a mis beaucoup de temps à partir. Mais on connaissait ces routes. Le leader de la course, Niemiec, s'est glissé dans un groupe dans une légère bosse. Je suis allé le chercher. Il y avait toujours un petit coup devant. Quand j'ai vu Julien bien placé, j'ai mis la plaque et j'y suis allé." Ainsi, la bonne échappée file avec Kadri, Loubet et Rousseau. Les trois AG2R se sont dépouillés pour reprendre 2'21" à Niemiec en tête du classement général. Il y avait de la fraîcheur et du panache sur le vélo, des embrassades à l'arrivée. "Nos jeunes sont en train de montrer l'exemple, y-compris aux anciens", souriait Arturas Kasputis, le directeur sportif, dans l'ombre du podium.

    "ON MANQUAIT DE RÉUSSITE"

    Avec une 2e place à la Route du Sud, une première par équipe, et deux retentissantes victoires d'étapes, signées Nicolas Rousseau et Christophe Riblon, AG2R-La Mondiale a mis les bouchées doubles pour améliorer ses scores. Jusqu'alors, le dernier bouquet de la saison, le seul et unique décroché, remontait au Tour de Californie... fin février. Rinaldo Nocentini, le vainqueur, passait pour un triste sauveur. AG2R était même tombée à l'avant-dernier rang des équipes françaises, devant le VC Roubaix-Lille Métropole, mais derrière Auber 93, Bretagne-Schuller et Bessons-Sojasun. Jamais elle n'avait connu pareille déroute depuis sa création. La Route du Sud fait donc figure de détonateur dans la saison 2009. Comme un hasard heureux, Tadej Valjavec a porté le maillot de leader sur le Tour de Suisse, de mardi à samedi.
    Vincent Lavenu prend acte de la sortie de crise. Le manager explique à www.cyclismag.com : "Il semble qu'une nouvelle spirale se mette en place. Cette prise de conscience d'une partie du groupe était importante. Nos bons résultats sont un juste retour sur les investissements consentis depuis le début de saison pour que l'équipe se comporte bien. Mais nous aurions pu connaître cette dynamique les mois précédents." Unanimes, coureurs et directeurs sportifs répliquent en invoquant un manque de réussite. "Je ne pense pas qu'on puisse parler de déclic", estimait Riblon après son succès à Luchon samedi. "J'ai toujours donné mon maximum à l'équipe. Une échappée comme aujourd'hui, nous en avons pris peut-être trente depuis le début de l'année, mais seules deux sont allées au bout. C'est purement une question réussite" Vincent Lavenu tempère : "D'autres équipes ont également manqué de chance. Que la dynamique soit favorable ou pas à l'équipe, il s'agit d'un enchaînement de choses." Alors, pourquoi ça marche ?

    "EN DISCUSSION" POUR TROUVER UN LEADER EN 2010

    Au-delà du gros coup de bol, AG2R paraît bénéficier d'un élan collectif. Car les tenants du manque de réussite l'admettent : les liens entre coureurs se sont resserrés ces derniers mois. "On s'appelle souvent au téléphone pour se féliciter. L'état d'esprit entre nous est super !", témoigne Julien Loubet. Cette camaraderie revendiquée est devenue un bouclier plus ou moins efficace contre la tension, insupportable aux abords du Dauphiné. L'orage s'est déchaîné au-dessus des têtes pendant un stage d'avant épreuve. Vincent Lavenu le reconnaît : "La pression s'est installée naturellement. Elle n'est pas agréable à vivre, ni pour les coureurs ni pour les sponsors. Mais personne ne s'est jamais découragé." Les plus jeunes, du reste assez épargnés par la colère des dirigeants, ont essayé de glisser entre les réunions de crise et les franches engueulades. Jusqu'à ce que se forme, pour le meilleur, une petite équipe dans l'équipe. Blel Kadri et Julien Loubet se connaissent depuis près de 10 ans. Ils ont porté le même maillot chez les juniors à Revel, puis à Blagnac en catégorie espoir. Ils s'entraînent ensemble, en particulier sur les routes où ils ont tenté leur va-tout, dimanche, sur la Route du Sud. Kadri s'est-il dépouillé pour son leader ou pour son ami ? Le duo, complété par Guillaume Bonnafond en montagne, récent animateur du Giro, a achevé de donner une touche de jeune à AG2R.
    "Julien Loubet sera peut-être leader chez nous un jour", avance Arturas Kasputis. L'équipe se cherche de nouvelles têtes et l'a fait savoir à la presse la semaine passée. Huit à dix coureurs quitteront la formation en fin de saison. L'annonce a plombé un peu plus l'atmosphère, jusqu'à menacer la petite solidarité du groupe. Mais elle prend un sens nouveau depuis la démonstration des jeunes pousses. Réduite à 27 ou 28 coureurs l'an prochain, l'équipe se cherche, dit-on, une tête d'affiche. Interrogé sur ses orientations, Vincent Lavenu confirme : "Nous sommes en discussion pour trouver un coureur de valeur. Nous n'avons pas le budget d'Astana, de Katioucha ou de la future Team Sky, mais, pour apporter une dynamique supplémentaire à l'équipe, nous essayons d'attirer un leader. Nous pensions que Vladimir Efimkin pourrait remplir ce rôle quand il nous a rejoints l'an passé. Mais il arrive tout doucement." Voilà le paradoxe d'AG2R : bâtir des projets d'avenir et recevoir le soutien de son sponsor pour deux saisons supplémentaires quand tout va mal. Les succès sur le terrain ont suivi peu de jours plus tard.

    LAVENU VEUT PRIVILÉGIER LES ANIMATEURS DU DÉBUT DE SAISON

    En attendant, l'équipe prépare son Tour de France, dans quinze jours. Avec pour objectifs "une victoire d'étape et une place dans les dix premiers au classement général", selon Lavenu. Les ambitions restent identiques à l'an passé. Tandis que l'équipe se reconstruit un moral, les dirigeants dessinent leur groupe pour juillet. Efimkin, Arrieta, Dessel, Goubert et Mondory sont assurés d'une sélection. Valjavec, 9e de l'épreuve l'an dernier, est mis au repos pour disputer la Vuelta, de même que Elmiger, une autre pièce maîtresse de l'effectif. Restent quatre places. Sur la Route du Sud, Riblon, lauréat d'étape samedi, estime avoir "fait tout ce qu'il fallait". Dupont, Gadret, Roche, Turpin, voire Hinault caressent le même espoir.
    2e de la Route du Sud après sa tentative de putsch, Loubet a-t-il gagné sur les routes pyrénéennes un ticket pour la Grande Boucle ? Il était pressenti sur l'épreuve l'hiver dernier. Engagé au pied levé sur le Giro, il a dû abandonner, à bout de force. Au téléphone, Lavenu hésitait encore dimanche soir. "Je veux privilégier une vue d'ensemble sur la saison et ne pas donner raison au dernier qui a parlé, sur des épreuves comme le Tour de Suisse ou la Route du Sud. La sélection sera arrêtée au soir du championnat de France. Trop de coureurs dans notre équipe se sont concentrés sur les mois de mai, juin et juillet, pour participer au Tour. C'est hasardeux. Je vais en récompenser deux à trois, encore en forme actuellement et qui ont mouillé le maillot en début de saison. Et je maintiendrai cette règle pour les années à venir".

    100% SANS OREILLETTE

    S'il ne dispute pas le Tour de France, Julien Loubet enchaînera les épreuves à étapes françaises du mois d'août avant de s'engager à la Vuelta. "Je ne veux pas aller au Tour simplement par principe mais pour y faire quelque chose. A présent, je pense avoir une forme suffisante," glisse-t-il. Sur la Route du Sud, il voulait "rester concentré sur l'épreuve". Il a parlé de "feeling", de "sensations", de "plaisir". Ce vocabulaire faisait défaut à AG2R ces temps-ci. L'équipe a disputé la course entièrement sans oreillettes. Un problème matériel au départ.
    A la sortie, la liberté retrouvée des coureurs a malmené les discours réacs selon lesquels les jeunes pros seraient aujourd'hui tous robotisés. Certes, l'oreillette a parfois manqué pour apprécier les écarts en pleine bataille, dans le Tourmalet en particulier. Mais Loubet, Kadri, Bonnafond et leurs coéquipiers ont redécouvert les joies de improvisation, des bouts de papier collés sur la potence, des coups d'oeil obliques sur l'adversaire ou la moto de l'ardoisier. La tentative de dimanche pour conquérir le maillot de leader sur la Route du Sud ? "On y est allé au feeling", insiste Loubet. L'ex-champion de France espoirs a soudain le regard qui s'illumine. "Cette semaine, nous avons couru d'après nos sensations. J'avais parfois l'impression de me retrouver chez les amateurs".

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    Crédit photo : Régis Garnier - www.velofotopro.com


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