
A nouveau la formation colombienne Colombia es Pasion refait son apparition en France cette année pour la Ronde de l’Isard. L’occasion pour Cyclismag de se pencher sur quelques interrogations autour de cette équipe.
Par Stéphane Mugnier
Une année s’est écoulée depuis la victoire d’Oscar Sanchez sur la dernière étape de la Ronde de l’Isard et le maillot de meilleur jeune de Jarlinson Pantano. Cyclismag avait à cette occasion consacré un article à la jeune et ambitieuse formation qui semblait pour une fois avoir les moyens financiers et humains de ses ambitions (voir ici).
Il faut malheureusement constater qu’en douze mois, peu de nouveautés concrètes sont à se mettre sous la dent et le projet patine un peu dans la semoule. Colombia es Pasion ou le reflet des illusions que ne cesse de susciter le cyclisme colombien… Alors, Colombia es Ilusion ?
LES YEUX PLUS GROS QUE LE VENTRE
C’est avec un certain toupet que l’équipe avait commencé à faire parler d’elle un an après sa création en 2005. Son dirigeant avait lancé l’idée d’une possible candidature à l’appellation ProTour en 2008. Un peu présomptueux mais révélateur d’une envie de bien faire. Nous voilà maintenant en 2008 et Colombia es Pasion-Coldeportes est toujours une équipe continentale non professionnelle. Les dirigeants avaient pourtant fait une belle réunion en fin d’année dernière pour annoncer le passage à l’échelon supérieur professionnel ce qui leur aurait au moins donné la possibilité de postuler à quelques belles courses. Pour autant, ils n’ont pas renoncé à certaines ambitions avec un calendrier international raisonnable mais attrayant (voir ici) et bien plus réaliste que celui de 2007 qui prévoyait de demander une invitation pour le Tour de Catalogne et le Dauphiné Libéré ce qui était évidemment impossible par leur statut.
Mais encore une fois, c’est la douche froide ! Pas de Tour des Asturies ni de Tour de la Rioja mais le Tour du Haut-Anjou, le Tour du Loiret (épreuve « élite ») et donc la Ronde de l’Isard et puis… retour a casa. C’est un peu pauvre pour aguerrir des jeunes coureurs qui ont montré leurs limites sur des routes peu à leur convenance lorsqu’il faut frotter. Leur leader Sergio Luis Henao (vainqueur du dernier Tour de Colombie U23) a fait les frais de son inexpérience en tâtant méchamment du goudron par deux fois et qui est toujours plus qu’incertain pour la Ronde de l’Isard.
Mais ne nous inquiétons pas ; lors d’une réunion il y a quelques semaines les dirigeants ont annoncé leur nouveau plan de bataille. Cette fois-ci, c’est objectif Tour de France pour 2011 avec comme cerise sur le gâteau la volonté de participer au plus vite au passeport biologique. C’est noble mais il faudra d’abord régler le « dossier Duarte » qui traîne depuis le début de l’année. Les examens biologiques se poursuivent pour savoir si son taux de testostérone est naturellement haut. Cela serait du plus mauvais effet s’il ne l’était finalement pas…
DES PROMESSES, TOUJOURS DES PROMESSES
En attendant de toucher au rêve ultime, il faut gérer les objectifs à plus court terme. Comme l’an dernier, l’un d’entre eux est le Tour de l’Avenir en septembre. Chercher à faire comme son illustre devancière devenue la «mythique » Café de Colombie, voilà le fil rouge. Mais depuis le début des années 1980, les règles ont un peu changé. Le Tour de l’Avenir est désormais le point d’orgue de la Coupe des Nations U23 mise en place par l’UCI. Pour y participer, il faut donc glaner des points sur les épreuves de ce calendrier réservé aux jeunes pousses. L’an dernier Colombia es Pasion l’avait appris à ses dépens et n’avait finalement engagé que deux de ses coureurs grâce au parrainage du Centre Mondial UCI d’Aigle. Malheureusement, la leçon n’a semble-t-il pas servi. Colombia es Pasion a renoncé aux premières épreuves U23 auxquelles elle était inscrite et ni Henao ni Pantano n’ont participé au Tour de Berne sous les couleurs du Centre Mondial comme prévu à l’origine. Paroles, paroles, toujours des paroles.
Les dirigeants de Colombia es Pasion aiment les mots mais moins les actes. Gagner le Clasico Banfoandes au Venezuela et participer à des courses 2.2 ne suffiront probablement pas à attirer l’œil des responsables des grandes courses européennes.
Autre détail pénible pour ceux qui espéraient un « miracle colombien », le site construit spécialement pour relater les exploits de l’équipe sur les routes colombiennes et internationales est muet depuis… les dernières promesses non tenues de fin 2007. Même le site Revista Mundo Ciclistico n’a pas daigné détacher son rédacteur vedette Hector Urrego comme il l’avait fait l’an dernier sur les routes pyrénéennes ; Tour de Colombie oblige. Un Tour de Colombie sur lequel Colombia es Pasion a toutes les peines du monde à exister face à UNE et Loteria de Boyaca malgré le recrutement d’Ivan Parra. Le chemin vers la gloire est encore long !
LE RÊVE AMÉRICAIN
Alors qu’il est plus qu’évident que Colombia es Pasion peine à faire son trou en Europe, elle lorgne déjà vers les Etats-Unis. Le rêve américain est né durant le dernier Tour de Californie dans un contexte des plus houleux pourtant. Santiago Botero et son équipe venaient d’être interdits de départ par les organisateurs encouragés en cela par l’UCI .
Et pourtant, Hector Urrego profitait d’une interview avec Pat McQuaid pour glisser l’idée d’un soutien à la formation colombienne pour les grandes courses américaines. Ce dernier avait bien entendu promis de faire quelque chose en ce sens… Le même Pat McQuaid qui avait fait comprendre à la Fédération Colombienne de Cyclisme qu’il n’avait rien contre la participation de Botero aux Jeux Olympiques de Pékin tout en refilant la responsabilité de la décision finale au CIO. Problème, le CIO, après n’avoir émis aucune objection sur la présence du « supposé » Puertiste avait renvoyé la patate chaude à son homologue contraint enfin de faire part de son vrai sentiment c’est à dire de son refus à l’inscription de Santiago Botero. Si après ça les dirigeants de Colombia es Pasion se sentent rassurés par la promesse d’un petit coup de pousse sur le circuit américain. Cela n’a pourtant pas empêché Hector Urrego toujours lui de nous faire part dans un article exalté de sa fascination pour le cyclisme américain qui représente pour lui peut-être l’avenir du cyclisme colombien (et même du cyclisme mondial en général).
On veut bien le croire à condition de ne pas s’attarder sur la non sélection de Colombia es Pasion pour le Tour de Géorgie. Les organisateurs n’ont pas dû recevoir le coup de fil de Pat McQuaid. Simple contretemps bien sûr.
Le problème de Colombia es Pasion n’est donc pas à chercher dans son effectif – la Ronde de l’Isard prouvera sûrement la valeur des Pantano, Rodriguez, Suarez, Corredor, Romero et peut-être Henao – mais plutôt dans les tergiversations rêveuses de la tête « pensante ». Les dirigeants colombiens ont enfin l’outil qui peut leur servir à reprendre la légende là où Café de Colombie et Ryalcao Postobon l’avaient laissée. Il ne leur manque plus qu’à trouver le bon mode d’emploi …
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Photo : Colombia es Pasion, la passion rend-t-elle aveugle ?
Crédit photo : Régis Garnier - www.velofotopro.com